Pouillot brun Pylloscopus fuscatus, Yverdon-les-Bains VD, 12 sécembre 2025. L. Maumary. S'il ne s'était trahi par ses «tac-tac» de fauvette, le Pouillot brun passerait inaperçu tant les mœurs de l'espèce sont cachées. Plus terrestre que les pouillots européens, le Pouillot brun est une espèce sibérienne extrêmement rare en Europe. La sous-espèce nominale du Pouillot brun niche en Sibérie, du fleuve Ob au Kamtchatka (Russie), au sud jusqu'en Mongolie et en Mandchourie (Chine), remplacée par la sous-espèce P. f. weigoldi au Tibet et dans le centre la Chine. Les quartiers d'hiver de l'espèce se situent du nord de l'Inde au sud de la Chine et en Asie du Sud-Est. Accidentel en Europe, c'est en Grande-Bretagne que le Pouillot brun a été vu le plus souvent; on y compte 273 données jusqu'en 2003, dont 26 en 2001, qui fut une année record. Dans les pays limitrophes, il existe 28 observations en France (surtout à Ouessant) jusqu'en 2003, 11 en Allemagne jusqu'en 1999 (surtout à Helgoland), 2 en Italie jusqu'en 2002 et 2 en Autriche jusqu'en 2017 (Maumary et al. 2007, Hagist & Schneider 2018). Le Pouillot brun est généralement observé de fin septembre à fin novembre en Europe. Des observations hivernales et des hivernages se produisent parfois. Les rares observations printanières ont généralement lieu en avril/ mai. Un oiseau bagué le 14 mai 1970 sur l'île de Man (Grande-Bretagne) a été trouvé mourant vers le 5 décembre 1970 à Limerick (Irlande), 290 km au sud-ouest; cet oiseau était probablement arrivé en automne 1969 et avait dû hiverner en Europe. Le nombre de données en Europe a augmenté grâce à une meilleure connaissance des critères d'identification et une activité ornithologique accrue depuis les années 1980, notamment dans les stations de baguage. Des afflux ont été enregistrés certaines années, comme en 1987, 1990, 1994, 1997, 2001 et 2003 en Grande-Bretagne (Maumary et al. 2007). Le Pouillot brun niche dans les saules Salix sp. et les broussailles des tourbières et des prairies marécageuses de la taïga sibérienne, aussi en montagne à l'étage subalpin. En automne, il fait escale dans les buissons en plaine, souvent à proximité de l'eau. Diurne et solitaire, il se nourrit principalement de petits insectes, d'araignées et parfois de graines prélevés dans les buissons et dans les broussailles près du sol. Les oiseaux de Birsfelden BL et Yverdon-les-Bains se tenaient dans une haie de buissons denses et bas, dans une petite réserve naturelle ainsi que dans une mosaïques de ronces en forêt riveraine. A l'instar du Pouillot de Schwarz Phylloscopus shwarzi, son comportement est plus terrestre que celui des autres pouillots rencontrés en Europe. Les cris sont des «tac-tac» durs, comme ceux de la Fauvette à tête noire. Références• Hagist, D. & F. Scneider (2018) Oiseaux rares et observations inhabituelles en Suisse en 2017. 27e rapport de la Commission de l'avifaune suisse. Nos Oiseaux 65 : 215-238. • Maumary, L., L. Vallotton & P. Knaus (2007): Les oiseaux de Suisse. Station ornithologique suisse et Nos Oiseaux. Sempach et Montmollin. • Maumary, L. & M. Bally (2023): Oiseaux rares et observations inhabituelles en 2022. Nos Oiseaux 70 : 219-245. • Preiswerk, G. (1994): Erstbeobachtung des Dunklen Laubsängers Phylloscopus fuscatus in der Schweiz. Ornithol. Beob. 91: 56–58.
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Lionel Maumary, Ornithologue Né en 1968, Lionel Maumary a obtenu son diplôme de biologiste à l’université de Lausanne en 1996. Sa passion pour les oiseaux se révèle à l’âge de 6 ans, quand il parvient à apprivoiser une Rougegorge. Son intérêt pour l’observation et l’étude des animaux ne cesse ensuite de s’affirmer, notamment après avoir vécu une partie de son enfance aux Etats-Unis. Les oiseaux d’Europe vont assez vite devenir son centre d’intérêt principal, et ses vastes connaissances de naturaliste de terrain vont apporter crédibilité et cohérence aux nombreux projets dont il sera l’initiateur (camps de baguage du col de Jaman, île aux oiseaux de Préverenges, etc.). Observateur infatigable de l’avifaune, il a vu près de 350 espèces d’oiseaux en Suisse. Lauréat du prix « Earth Champions » en 2005 dans le domaine de la biodiversité, il est président du Cercle ornithologique de Lausanne depuis 1990, collaborateur de la Station ornithologique suisse depuis 1986, membre du comité de Nos Oiseaux depuis 1988 et celui de Pro Natura Vaud depuis 2000. Il a créé la première ligne d’information ornithologique francophone « Birdline » en 1989 et a été membre de la Commission de l’avifaune suisse (CavS) pendant 12 ans. Depuis 995, il travaille au sein du bureau d’études en environnement Ecoscan SA et guide des voyages ornithologiques. Il est l’initiateur de l'ouvrage complet sur l'avifaune suisse « Les Oiseaux de Suisse », dont il a écrit les textes et réalisé une part importante des photos. Début de la chronique sur Oiseaux.ch en mars 2008. |




