Photo: Lionel Maumary Pendant les jours suivants, et même jusqu'au 16 mai, elle a ravi les nombreux observateurs venus l'admirer de toute la Suisse, voire au-delà, tant l'espèce est rare à l'intérieur du continent européen: il s'agissait non seulement d'une première suisse mais aussi l'une des très rares données loin des côtes en Europe. Cette mouette passait ses journées à se nourrir dans le groupe de laridés, comprenant surtout des Mouettes rieuses, mais aussi des groupes de Mouettes pygmées, des Mouettes mélanocéphales Chroicocephalus melanocephalus, des Goélands cendrés Larus canus et des Goélands leucophées Larus michahellis à l'exutoire de la Station d'épuration de Lausanne dans la baie de Vidy, 4 km à l'est de l'île aux oiseaux. Elle s'y nourrissait presque exclusivement de moucherons (chironomes), environ 6'000 par jour selon nos estimations. Elle venait se reposer le soir dans les rassemblements de toilettage des Mouettes rieuses avant de les suivre vers leur dortoir au large. Version américaine de la Mouette rieuse Chroicocephalus ridibundus, la mouette de Bonaparte est nettement plus petite, son bec noir est plus court, ses pattes sont roses et son manteau gris un peu plus foncé. La Mouette de Bonaparte niche au Canada et en Alaska, où elle construit des nids dans les épicéas de la taïga, au bord de lacs, de marais ou de tourbières, en petites colonies lâches. Dans l'aire de nidification, les insectes constituent la source principale de son alimentation. Pendant la saison d'hivernage, le long des côtes d'Amérique centrale, les poissons, le krill et d'autres créatures marines représentent une large part de son régime alimentaire. Elle fréquente les réservoirs de traitement des eaux usées ainsi que leurs exutoires. La Mouette de Bonaparte est un oiseau rare mais annuel en Europe occidentale, où elle apparaît en tant qu'espèce égarée (oiseau accidentel) en provenance d'Amérique du Nord. Cependant, sa fréquence d'apparition a fortement augmenté, au point qu'elle a perdu son statut officiel de "grande rareté nationale" en Grande-Bretagne en 2026. C'est là qu'elle est de loin la plus fréquente. Alors qu'on ne comptait qu'une trentaine de mentions historiques jusqu'au début des années 1980, la moyenne est passée à environ 6 observations par an au début des années 2000, puis à environ 12 observations par an entre 2018 et 2022. En 2025 et 2026, des records ont été battus avec des petits groupes (jusqu'à 3 individus ensemble) et plus de 15 individus recensés simultanément sur le territoire britannique au printemps 2026, entraînant son retrait de la liste des raretés nationales du British Birds Rarities Committee (BBRC). Un couple nicheur a même été découvert en 2017 en Islande, marquant la toute première preuve de nidification de l'espèce dans le Paléarctique occidental. En France et en Belgique, elle reste une très grande rareté, bien qu'elle y soit observée de temps à autre sur les côtes de la mer du Nord et de l'Atlantique (par exemple, un peu plus de 170 observations historiques homologuées en Belgique jusqu'en 2026). L'espèce est rarissime à l'intérieur du continent européen, avec les premières données suivantes : En 2025, trois ouragans ont atteint la catégorie 5, la plus élevée, aux Etats-Unis avec des vents de plus de 250 kilomètres par heure. La saison 2025 a été remarquable à plus d'un titre, comme en témoignent les statistiques. Au total, treize tempêtes se sont formées avec une intensité suffisante pour que l'agence américaine de météorologie et de climatologie (NOAA) leur attribue un nom. Au moins deux d'entre elles, Erin et Gabrielle, ont même atteint les Açores et le continent européen sous forme de dépressions extratropicales. La Mouette de Bonaparte observée à Préverenges a donc sans doute été déportée vers l'Europe par les vents à l'automne 2025. Pour la première fois, des groupes de trois individus ont été observés en 2025 et de nouveau en 2026, respectivement dans le Caithness et les Cornouailles. En mars 2026, au moins 15 individus ont été recensés à travers la Grande-Bretagne. En France, les observations suivantes ont été effectuées en hiver 2025-2026 et au printemps 2026 (source : postornitho): Après le Chevalier grivelé Actitis macularius du 29 mai 2013 et la Mouette atricille Leucophaeus atricilla du 5 au 7 mai 2024, l'île aux oiseaux de Préverenges a accueilli son 3e hôte néarctique, voire son 4e si on considère que la Mouette de Sabine Xema sabini des 2-3 juin 2023 provenait aussi d'Amérique (l'espèce niche aussi en Sibérie). Egérie de ce printemps riche en raretés, Mouette de Bonaparte est arrivée à point nommé, comme pour couronner les efforts de revitalisation de l'île aux oiseaux. Avec ce séjour de plus de deux semaines, cette observation extraordinaire démontre une fois de plus l'emplacement stratégique et la capacité d'accueil de l'île aux oiseaux pour les oiseaux de rivages.
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Lionel Maumary, Ornithologue Né en 1968, Lionel Maumary a obtenu son diplôme de biologiste à l’université de Lausanne en 1996. Sa passion pour les oiseaux se révèle à l’âge de 6 ans, quand il parvient à apprivoiser une Rougegorge. Son intérêt pour l’observation et l’étude des animaux ne cesse ensuite de s’affirmer, notamment après avoir vécu une partie de son enfance aux Etats-Unis. Les oiseaux d’Europe vont assez vite devenir son centre d’intérêt principal, et ses vastes connaissances de naturaliste de terrain vont apporter crédibilité et cohérence aux nombreux projets dont il sera l’initiateur (camps de baguage du col de Jaman, île aux oiseaux de Préverenges, etc.). Observateur infatigable de l’avifaune, il a vu près de 350 espèces d’oiseaux en Suisse. Lauréat du prix « Earth Champions » en 2005 dans le domaine de la biodiversité, il est président du Cercle ornithologique de Lausanne depuis 1990, collaborateur de la Station ornithologique suisse depuis 1986, membre du comité de Nos Oiseaux depuis 1988 et celui de Pro Natura Vaud depuis 2000. Il a créé la première ligne d’information ornithologique francophone « Birdline » en 1989 et a été membre de la Commission de l’avifaune suisse (CavS) pendant 12 ans. Depuis 995, il travaille au sein du bureau d’études en environnement Ecoscan SA et guide des voyages ornithologiques. Il est l’initiateur de l'ouvrage complet sur l'avifaune suisse « Les Oiseaux de Suisse », dont il a écrit les textes et réalisé une part importante des photos. Début de la chronique sur Oiseaux.ch en mars 2008. |




