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La chronique
de Lionel Maumary

Invasions d'automne I : La Mésange noire

Lionel maumary, Oiseaux.ch, 15.10.2012


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Depuis le mois d'août 2012, de nombreux oiseaux forestiers déferlent sur les cols alpins, où les stations de baguage en capturent un nombre record : il s'agit notamment de la Mésange noire (près de 3'000 captures d'août à début octobre au col de Jaman), de la Sittelle torchepot (plus de 70 captures) et du Cassenoix moucheté (près de 100 captures). Ces espèces sont le plus souvent sédentaires mais peuvent adopter un comportement migratoire marqué certaines années, suite à une bonne reproduction couplée à une pénurie de nourriture. La Sittelle torchepot et le Cassenoix moucheté seront traités dans les prochains articles.

La distribution de la Mésange noire couvre les zones climatiques tempérée et sub-boréale d’Eurasie, du Portugal au Kamtchatka, ainsi que les montagnes du Maghreb ; elle est limitée au nord par le cercle polaire. La sous-espèce nominale niche en Europe continentale à l’est des Pyrénées et à l’ouest du Caucase, remplacée par P. a. vieirae dans la péninsule Ibérique, P. a. hibernicus en Irlande, P. a. britannicus dans le reste de la Grande-Bretagne, P. a. sardus en Corse et en Sardaigne, P. a. moltchanovi dans les montagnes du sud de la Crimée, P. a. michalowskii dans le Caucase et en Transcaucasie, P. a. derjugini dans le nord-est de la Turquie et l’ouest du Caucase, P. a. gaddi dans le sud-est de l’Azerbaïdjan et le nord de l’Iran, P. a. phaeonotus dans les monts Zagros (sud-ouest de l’Iran), P. a. chorassanicus dans le nord-est de l’Iran et le Kopet-Dag (Turkménistan) ; P. a. atlas se trouve au Maroc et P. a. ledouci en Algérie et en Tunisie ; 7 autres sous-espèces se trouvent à Chypre, dans les monts Tien Shan, Dzhungarskiy Alatau et Alayskiy (Russie et ouest de la Chine), dans le nord-est de la Chine, au Japon et à Taiwan. Avec env. 3’000'000 et 2'500'000 couples respectivement, l’Espagne et l’Allemagne se partagent hébergent 40 % de la population européenne (Russie non comprise) ; la Suisse figue parmi les 10 pays d’Europe les plus peuplés. L’espèce est partiellement sédentaire en Europe occidentale et méridionale mais les populations nordiques et orientales sont plus mobiles, l’aire d’hivernage se décalant d’env. 500 km au sud en Russie ; des afflux marqués ont lieu certaines années lorsque la nourriture vient à manquer dans le nord-est de l’Europe.

L’espèce est répandue dans toute la Suisse, de la plaine jusqu’à la limite supérieure de la forêt, principalement entre 800 et 1'600 m d’altitude. Dans les vallées intra-alpines, elle dépasse régulièrement 2'000 m d’altitude comme à Riederalp VS vers 2'300 m, au-dessus de Zermatt VS vers 2'200 m, sur Zernez GR et à Avers GR. Les nidifications les plus élevées ont été signalées en Valais à 2'100 m près d’Arolla et de Chandolin VS ainsi qu’à 2'200 m à Zermatt VS. Le sud du Tessin et le canton de Genève ne sont que faiblement occupés. Les captures sont régulières en automne sur les cols alpins de Bretolet VS, de la Croix VD et de Jaman VD, abondantes lors des années à invasions.

Les jeunes se dispersent dès juillet/août. La Mésange noire est généralement sédentaire, mais des émigrations à caractère d’invasions déferlent vers le sud de la France et le nord de l’Italie en septembre/octobre, déclanchées à intervalles de 2-5 ans par une densité de peuplement élevée ou une rupture des ressources alimentaires (graines de conifères et faînes notamment). Dans la seconde moitié du XXe siècle, les afflux les plus importants, remarqués dans l’ensemble de la Suisse, ont eu lieu en 1959, 1964, 1967, 1969, 1972, 1978, 1981, 1983, 1993,1996, 2000 et 2005. Le passage printanier, nettement plus faible, se déroule entre fin mars et fin mai.

Entre les périodes d'atlas 1972-76 et 1993-96, le nombre de carrés occupés est passé de 452 à 461, ce qui représente une extension de 2 % de l’aire de reproduction. Les effectifs ont également significativement augmenté au cours des années nonante ; dans le canton de Zurich p.ex., des relevés périodiques ont mis en évidence une colonisation étendue des surfaces forestières entre 1986-88 et 1999. Dans la région du lac de Constance, bien que l’effectif a diminué de 15 % entre 1980-81 et 1990-92, l’aire occupée s’est à l’inverse étendue de 9 %. Comme dans d’autres pays européens, les effectifs peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre ; au Dählhölzli BE, ils ont oscillé de 5 à 8 couples entre 1966 à 1976 ; près de Winterthour ZH (16 ha), il y eut jusqu’à 17 nichoirs occupés mais au minimum 3 entre 1961 et 1976 ; la fluctuation va de 2 à 7 sur 64 ha pour la période 1960-70 près de Muri BE.

La Mésange noire est très liée aux résineux parmi lesquels elle préfère l’épicéa. Dans les forêts mixtes, sa fréquence diminue lorsque la proportion de feuillus augmente. Elle habite également les parcs et les jardins pour autant qu’elle y trouve des bosquets de conifères. Elle habite de préférence les massifs âgés et compacts dans les boisements résineux et mixtes, mais elle s’installe aussi dans les forêts de feuillus, parcs ou cimetières pour autant qu’il y ait des groupes de hauts conifères ; des nidifications occasionnelles ont toutefois été constatées dans une chênaie à charmes à Allschwil BL et un chanteur a été entendu dans une hêtraie pure à Giumaglio TI, dans la partie inférieure du val Maggia. En revanche, elle fait défaut dans les bois riverains typiques, les vergers et les haies. Diurne, elle se nourrit au printemps et en été principalement d’insectes (pucerons Homoptera, lépidoptères



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