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La chronique
de Lionel Maumary

Une Locustelle fluviatile a chanté...

Lionel Maumary, Oiseaux.ch, 10.06.2012


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Une Locustelle fluviatile à chanté les 24 et 25 mai 2012 à la Gunzger Grube. Il ne s'agit que de la 10e donnée suisse de cette espèce

La Locustelle fluviatile niche en Europe tempérée de la moitié orientale de l’Allemagne au bassin de l’Irtych dans la plaine de Sibérie occidentale, limitée au sud par les mers Noire et Caspienne et au nord par la Baltique. Elle s’avance vers l’ouest le long du Danube jusque dans la région d’Ulm. Avec env. 120'000 couple, la Biélorussie héberge le tiers de la population européenne (Russie non comprise). Les quartiers d’hiver se situent en Afrique orientale du Kenya au Mozambique.

En Suisse, des chanteurs ont été observés sur le Plateau oriental (canton d’Argovie notamment), au-dessous de 500 m d’altitude, ainsi que dans la plaine de Magadino TI et en Basse-Engadine GR à 1'190 m. Les deux seules données de Suisse romande, dont une au col de Bretolet VS, concernent la migration postnuptiale. La Locustelle fluviatile est bien plus fréquente sur les rives allemandes et autrichiennes du lac de Constance ainsi que dans la vallée du Rhin au Liechtenstein, où elle est entendue presque chaque année.

Au printemps, les chanteurs arrivent principalement dans la seconde moitié de mai (21 avril-28 juin) en Suisse et sur les rives limitrophes du lac de Constance et du Rhin (Vorarlberg et Liechtenstein) ; le chant a été entendu au plus tard le 14 juillet 1996 à Gamprin FL.

Dans la région considérée, la Locustelle fluviatile est apparue pour la première fois en 1948 sur le Bondanrück D puis en 1956 en Turgovie et à Cossonay VD ; aucune autre observation n’a été effectuée jusqu’en 1972, lorsqu’un oiseau a été capturé au col de Bretolet VS, puis 4 observations ont eu lieu sur les rives limitrophes du lac de Constance, avant que leur nombre n’augmente dès le milieu des années huitante, puis en Suisse avec 9 données dès 1991. Cette évolution reflète l’expansion vers l’ouest et le nord de l’espèce : entre 1970 et 1990, la Suède, l’Estonie, l’Allemagne, l’Autriche et la Bulgarie ont enregistré des tendances positives ; les effectifs ont brusquement doublé en Finlande à la fin des années huitante et des nidifications ont récemment été constatées aux Pays-Bas. En France, on ne connaît que 7 observations dès 1962 (et 1 au XIXe siècle), dont 4 postérieures à 1992. Des indications incontrôlables du XIXe siècle suggèrent que l’espèce était alors plus fréquente en Suisse.

La Locustelle fluviatile habite les ripisylves, le long des cours d’eau et au bord des marais, le plus souvent dans les bois marécageux et ombragés (saules, aulnes, peupliers), aussi dans les jeunes stades de recolonisation après les coupes forestières (Liechtenstein). Solitaire, elle se nourrit de jour principalement d’insectes, de petits gastéropodes et d’araignées prélevés au sol. Discrète et farouche, elle est très difficile à observer, même lorsqu’elle chante. Le cri est un « tchik » moins perçant que chez la Locustelle tachetée. Le chant, typiquement délivré depuis une branche basse ou un arbuste le bec grand ouvert, est une stridulation continue et monotone « zet-zet-zet-zet-zet-zet-zet-zet-zet-zet-zet… », dont l’intensité varie selon la direction dans laquelle l’oiseau tourne la tête ; de loin, le son rappelle celui d’une Sauterelle verte Tettigonia viridissima, voire d’une machine à coudre. L’activité vocale est maximale du crépuscule à l’aube, lorsque les strophes peuvent durer plus d’une heure, avec des pauses respiratoires de moins d’1 seconde ; certains mâles chantent pendant 6 heures sans s’interrompre plus de 5 minutes.



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