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La chronique
de Lionel Maumary

Des Cygnes de Bewick en Suisse romande

Lionel Maumary, Oiseaux.ch, 16.12.2010


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Photo: Pascal Rapin

Le 4 décembre 2010, 3 Cygnes de Bewick adultes ont été observés en vol aux Grangettes VD, puis un adulte s’est arrêté les 14 et 15 décembre au moins dans la plaine de la Broye à Payerne. Enfin, un jeune apparemment a été repéré aux Grangettes le 15 décembre. Ces trois observations vaudoises sont surprenantes étant donné la rareté de l’espèce en Suisse romande et sont probablement liées à la vague de froid qui sévit depuis le début du mois.

Issu de la toundra arctique en Sibérie, le Cygne de Bewick est le plus rare des cygnes européens. Depuis une vingtaine d’années, une tradition d’hivernage unique en Europe centrale s’est instaurée au lac de Constance et à la retenue de Klingnau, plus récemment au lac de Neuchâtel également, mais elle est restée confidentielle et dépend de la fidélité de quelques individus. Petit et rondelet comme pour mieux résister au froid, il est reconnaissable à la forme arrondie du jaune à la base du bec, qui n’atteint pas la narine à l’inverse du Cygne chanteur. Il a un cou nettement plus court que ce dernier. Le jeune est café au lait avec la base du bec rose pâle.

Le Cygne de Bewick niche au-delà du cercle polaire dans la toundra bordant l’océan Arctique, de la péninsule de Kanin en Sibérie occidentale à la péninsule des Tchouktches en Sibérie orientale. A l’ouest de l’Oural, la population est estimée à 18’000 individus qui migrent par les côtes de la mer Blanche et de la Baltique pour hiverner dans le nord-ouest de l’Europe, alors que les quelque 30’000 oiseaux nichant à l’est du delta de la Lena hivernent principalement au Japon, en Chine et en Corée. Un petit nombre hiverne également en Iran, occasionnellement en Turquie. Une autre sous-espèce niche de l’Alaska à l’île d’Ellesmere, dans l’arctique canadien.

En Suisse, l’espèce hiverne régulièrement en petit nombre au lac de Constance depuis 1982/83 et à la retenue de Klingnau AG depuis 1983/84, irrégulièrement aussi au Chablais de Cudrefin/Fanel. Les oiseaux du lac de Constance se déplacent entre le bassin d’Ermatingen TG/D du lac Inférieur (baie d’Hegne comprise), l’Eriskircher Ried D et le delta du Rhin A. Ailleurs sur le Plateau, le Cygne de Bewick est un migrateur extrêmement rare en transit pour la Camargue, le quartier d’hiver le plus méridional de l’espèce en Europe, où hivernent un petit nombre d’individus depuis les années soixante. Trois hivernages complets, concernant chaque fois 2-3 individus, ont eu lieu en 1961/62, 1962/63 et 1965/66 sur le Léman dans la baie d’Excenevex-Coudrée F ; un hivernage a également eu lieu entre Yverdon et Onnens VD en 1963.

Les oiseaux arrivent exceptionnellement à fin octobre déjà, typiquement dans la première moitié du mois de novembre, puis séjournent jusqu’en février ou mi-mars selon les retours de froid tardifs. Les vagues de froid provoquent des apparitions d’oiseaux fuyant vers le sud en décembre ou janvier. La fidélité au site d'hivernage a été attestée par le retour de l’individu bagué à Neuchâtel ainsi que par celui des hivernants dans la baie d’Excenevex F et à la retenue de Klingnau AG, dont un couple bagué en Allemagne.

La première observation bien documentée du XXe siècle concernait aussi la plus grande troupe jamais observée en Suisse: 12-16 individus du 30 décembre 1938 au 7 janvier 1939 à Bâle et en Alsace voisine. L’un d’eux fut abattu le 6 janvier et aboutit plus tard au Naturhistorischen Museum de Bâle. L’hivernage est devenu régulier en Suisse dès 1983, mais toujours localisé et en très petit nombre, le plus souvent des groupes familiaux. Cette tendance est à mettre en relation avec l’augmentation du nombre de Cygnes chanteurs hivernants. Un afflux a eu lieu en novembre 1992 avec trois observations en Suisse romande totalisant au moins 9 oiseaux, coïncidant avec un maximum absolu de 150 oiseaux hivernant en Camargue.

Tout comme le Cygne chanteur, avec lequel il s’associe parfois, le Cygne de Bewick recherche les eaux peu profondes et calmes riches en végétation subaquatique et microorganismes dont il se nourrit en basculant dans l’eau et en remuant la vase avec ses palmes. Les migrateurs voyagent en couple ou en petits groupes familiaux comptant au plus 6-7 oiseaux, exceptionnellement plus. Ils se repose sur les hauts-fonds et les bancs de sable, généralement à plusieurs centaines de mètres de la rive. Leurs cris évoquent des coups de trompette ou des aboiements lointains.

La plupart des observations ont lieu dans les réserves Ramsar d’importance internationale pour les oiseaux d’eau. La chasse est un facteur de mortalité important: dans le nord-ouest de l’Europe, 44 % des oiseaux autopsiés contenaient des plombs de chasse, et de nombreux oiseaux meurent d’empoisonnement par l’ingestion de ces plombs contenus dans les sédiments.



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