Oiseaux.ch

Le portail de référence des oiseaux sauvages en Suisse

Observation, étude, protection et photographie des oiseaux sauvages

La chronique
de Lionel Maumary

Bruants des Neiges venus du froid

Lionel Maumary, Oiseaux.ch, 26.11.2013


illustration

La bise glaciale annonçant les premiers frimas de l'hiver a déposé sur le Plateau suisse un nombre inhabituel de Bruants des neiges en novembre 2013. Dès le 14 novembre, au moins 4 observations de 5 individus ont été rapportées entre la vallée saint-galloise du Rhin et la rive sur du lac de Neuchâtel.

Le Bruant des neiges a une distribution circumpolaire : la sous-espèce nominale niche de l’Alaska au Groenland, aux Svalbard, aux Féroé, en Fennoscandie et sur la péninsule de Kola (Russie), remplacée par P. n. vlasowae (synonyme pallidior) dans le nord de la Sibérie de la péninsule de Kanin à celle des Tchouktches, P. n. insulae en Islande et en Ecosse, P. n. townsendi aux îles Pribilof, du Commandeur et Aléoutiennes et sur la côte sibérienne de la mer de Béring et P. n. hyperboreus sur les îles Hall et St Matthew (Mer de Béring) (Cramp, Glutz). Avec plus de 200'000 couples, la Norvège héberge 60 % de la population européenne (Russie non comprise). La population européenne (et une partie de celles du Groenland) hiverne principalement du nord de la Grande-Bretagne et de la Bretagne le long des côtes de la mer du Nord et de l’ouest de la Baltique à travers les plaines d’Europe orientale et du sud de la Russie et du Kazakhstan, celles de Sibérie orientale entre le lac Baïkal et Sakhaline. La population du Canada et de l’Alaska hiverne surtout dans le nord des Etats-Unis.

Le Bruant des neiges est un hôte irrégulier en automne et en hiver (exceptionnel au printemps) sur le Plateau et sur les sommets dénudés du Jura entre 1'200 et 1'600 m d’altitude (Dôle VD, Suchet VD, le Chasseron VD, Chasseral BE, Weissenstein SO) ; il est accidentel à l’intérieur des Alpes et au Tessin. Sur les rives du lac de Constance 31 des 41 données entre 1981 et 1998 proviennent du delta du Rhin A, qui est de loin le site le plus régulièrement fréquenté dans la région considérée.

La plupart des observations dans la région considérée ont lieu dans la seconde moitié de novembre, la plus précoce datant du 2 octobre 1980 au Häftli BE et la plus tardive du 31 mars 1997 au Chasseral. Le seul hivernage connu dans la région considérée est celui de 2-3 oiseaux du 19 novembre 1987 au 16 février 1988 au delta du Rhin A. Le séjour le plus long connu en Suisse est celui d’une jeune femelle du 26 janvier au 6 février 1997 à St-Prex VD. La plupart des oiseaux hivernant en Europe continentale sont des oiseaux originaires de Scandinavie ou de Russie, mais des oiseaux bagués en Islande (P. n. insulae) ont été retrouvés en Allemagne.

Après d’être fait rare en Suisse entre 1992 et 1996 (il a même manqué complètement en 1994 et 1995), le Bruant des neiges a été observé plus fréquemment entre 1997 et 1999, 25 ind. ayant été observés pendant l’hiver record de 1998/99 ; le nombre d’observations est retourné à la moyenne de 2-3 observations annuelles en 2000 et 2001. L’afflux remarqué en France de septembre 1996 à mai 1997 a été peu ressenti en Suisse, avec seulement 2 apparitions en janvier et mars 1997. Au delta du Rhin A, la taille maximale des groupes est passée de 23 ind. dans les années soixante à 18 dans les années septante et à 11 dans les années nonante.

Le Bruant des neiges niche dans la toundra arctique. Diurne et grégaire hors de la période de reproduction, il se nourrit principalement de petites graines, aussi de petits insectes et d’autres invertébrés. En automne et en hiver, il fréquente les terrains dénudés à végétation rase, pelouses, terrains vagues bords de routes et chemins de graviers. En Suisse, le Bruant des neiges fait généralement escale sur les pâturages rocailleux dénudés du Jura, sur les grèves et les môles des lacs, où il apparaît généralement isolé, plus rarement en petits groupes de 2-6, voire 12 ind. autrefois ; les plus grandes troupes comptaient env. 18 ind. et 23 ind. le 19 novembre 1975 au delta du Rhin A. Le cri à l’envol est un « prillillilli » ou « pr’r’r’r’r’r » tintant comme celui de la Mésange huppée ; il lance parfois au vol un « psiuu » sifflé.



pub

A propos de Lionel Maumary