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La chronique
de Lionel Maumary

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Une Fauvette pitchou au Tessin

Lionel Maumary, Oiseaux.ch, 05.07.2024

Le 29 mars 2024, Aristide Parisod découvre une Fauvette pitchou à Gudo TI. Séjournant sous la pluie jusqu'au 1er avril, elle a ravi de nombreux observateurs venus de tout le pays. Bien que l'espèce ne niche qu'à 150 km de nos frontières dans les Apenins ligures I et à 180 km en Ardèche F, il ne s'agissait que de la 6e donnée suisse et la première pour le Tessin, après celle du 3 mars 2021 à Mels SG (S. Cavegn-Meli). Sur 5 données printanières, 4 sont du mois de mars, cette fauvette méditerranéenne étant le plus souvent sédentaire avec des déplacements limités.


illustration

Fauvette pitchou mâle 2 a.c., Gudo TI, 29 mars 2024. L. Maumary.
 
La sous-espèce nominale de la Fauvette pitchou niche sur la côte italienne, dans le sud et le sud-ouest de la France, sur la péninsule Ibérique et sur les îles de Méditerranée occidentale, remplacée par S. u. toni au Maghreb et par S. u. dartfordiensis dans le nord-ouest de la France et le sud de l'Angleterre. Avec 1.7-3 millions de couples, l'Espagne héberge plus de 90% de la population européenne. L'espèce est partiellement sédentaire, mais les jeunes surtout se dispersent et hivernent aussi au sud de l'aire de reproduction, certains des oiseaux européens atteignant le Maghreb. La Fauvette pitchou est apparue 5 fois en Suisse et une fois en France limitrophe au Mont-Vuache. Il existe 4 données d'Allemagne (jusqu'en 1999) mais aucune d'Autriche. Ailleurs en Europe, hors de l'aire de reproduction, il existe 7 données de Belgique, 5 des Pays-Bas, 10 d'Irlande, 3 de Suède, une de Finlande, une de République Tchèque ainsi que 2 de Grèce jusqu'en 2006.
 
Des déplacements de faible amplitude sont observés en France, où la dispersion des jeunes surtout prend place en septembre, suivie de la migration postnuptiale d'octobre à mi-novembre. Le retour sur les lieux de nidification a lieu en mars. La transhumance de la Fauvette pitchou est particulièrement marquée dans les régions montagneuses de Provence et de Corse, conduisant les oiseaux à basse altitude où ils hivernent de septembre à mars.
 
L'espèce est sensible aux vagues de froid et enneigements prolongés: la population anglaise a chuté après les hivers froids de 1860/61, 1880/81, 1886/87, 1916/17, 1939/40, 1941/42, 1946/47, 1961/62 et 1962/63; une forte régression a également été constatée en France consécutivement aux hivers polaires de 1961/62, 1962/63, 1984/85 et 1985/86. La Fauvette pitchou a connu une expansion vers le nord: en Normandie, où l'espèce n'était qu'accidentelle au XIXe siècle, elle comptait 150-200 couples en 19984. Les sites de nidification dans les gorges de la Loire et le Bourbonnais F semblent toutefois avoir été abandonnés aujourd'hui, et les effectifs d'Île-de-France, de Charente et des Deux-Sèvres sont en déclin.
 
La Fauvette pitchou niche dans les garrigues à chêne kermès Quercus coccifera, ajonc à petites fleurs Ulex parviflorus ou romarin Rosmarinus officinalis, landes à ajoncs Ulex sp., buis Buxus sempervirens, genêts Genista sp. et bruyères Erica sp., dans les massifs de mûriers, les jeunes stades de régénération forestière et les forêts claires de chênes lièges ou pinèdes embroussaillées. Les parcelles brûlées sont recolonisées 2-6 ans après incendie. En migration en Suisse, la Fauvette pitchou a été observée au printemps dans des habitats correspondant à ses exigences habituelles, comme dans les argousiers Hippophaë rhamnoides bordant les rives sablonneuses du Rhône à Fully VS, mais elle a aussi été capturée en pleine roselière en octobre au Fanel BE/NE. Diurne et solitaire, elle se nourrit principalement d'insectes, d'araignées, de diplopodes et de petits gastéropodes prélevés dans les broussailles, complétant occasionnellement son régime alimentaire avec des baies en automne. Elle se tient le plus souvent cachée au coeur de la végétation basse, où elle se déplace discrètement à proximité du sol en fouillant les herbes, ne se perchant que brièvement à découvert pour chanter. Le cri est un «djjjjj» caractéristique, mais elle émet parfois aussi un «tuc» dur. Le chant, un court babil, rappelle celui du Tarier pâtre.
 
Les plus grandes menaces sur l'espèce sont la perte des habitats et leur fragmentation due à l'intensification de l'agriculture et de la sylviculture ainsi qu'à l'urbanisation. Les hivers froids déciment les populations.
 
DONNÉES SUISSES (6/6):
[1] 12 mars 1960: Altdorf UR, 1 ind. (Meier 1960) ;
[2] 15 octobre 1961: Fanel BE/NE, 1 ind. 1 a.c. capturé, photo (Vaucher 1962);
[3] 27 mars 1979: Fully VS, 1 ind. (Tenthorey 1979) ;
[4] 21-22 mai 2004: Les Follatères/Fully VS, 1 mâle chanteur (E. Revaz, J. Fournier) ;
[5] 3 mars 2021: Mels SG, 3 mars, m., phot. (S. Cavegn-Meli) ;
[6] 29 mars-1er avril 2024: Gudo TI, 1 mâle 2 a.c. (A. Parisod et al.).
 
DONNÉES LIMITROPHES: Haute-Savoie F (1/1):
[1] 24-25 mars 1973: Mont-Vuache à Chaumont F, 1 ind.



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