Oiseaux.ch

Le portail de référence des oiseaux sauvages en Suisse

Observation, étude, protection et photographie des oiseaux sauvages

La chronique
de Lionel Maumary

Le Phragmite aquatique

Lionel Maumary, Oiseaux.ch, 11.06.2010


illustration

Photo 1: Evelyne Pellaton / Photo 2: Matthieu Canévet

Le Phragmite aquatique a une aire de nidification étroite du fleuve Oder dans l’est de l’Allemagne au fleuve Ob en Russie. Le noyau de la population européenne se trouve en Pologne et en Biélorussie, qui avec respectivement près de 4'500 et 5’000-20'000 couples hébergent 98 % de la population européenne. La zone d’hivernage, dont l’étendue est mal connue, se situe dans le Sahel occidental, du Sénégal et Mali au Ghana.

En Suisse, l’espèce est principalement observée dans les marais du Plateau, les dix sites d’escale migratoire les plus importants étant Chavornay VD, la Grande Cariçaie VD/FR/NE, le Wauwilermoos LU, la retenue de Klingnau AG, le Neeracherried ZH, le Nuolenerried ZH, Uznach ZH, le Kaltbrunnerried AG, les Bolle di Magadino TI et le delta du Rhin A. Pendant les années nonante, c’est surtout sur la rive sud du lac de Neuchâtel que l’espèce a été observée. Quelques oiseaux isolés sont parfois signalés aussi dans les Alpes et au Tessin.

Très discret et dilué, le passage d’automne est compris entre le 20 juillet et 25 octobre, avec un pic à mi-août. Celui de printemps, plus concentré, dure du 5 avril au 20 mai, avec un pic marqué dans la dernière semaine d'avril. De 1954 à 1980, l'espèce s’est montrée plus fréquente en automne qu’au printemps, alors que la situation est inverse de 1981 à 1997.

Le Phragmite aquatique est un migrateur très rare, en diminution constante depuis les années soixante suite à la destruction de son habitat. Il n’est actuellement plus observé chaque année: le nombre d’observations moyen était de 10 (4-13) entre 1960 et 1969, 8 (3-15) entre 1970 et 1979, 5 (0-8) entre 1980 et 1989 et seulement 2 (0-5) entre 1990 et 1999. Depuis 1875, l’espèce s’est éteinte dans au moins huit pays européens, consécutivement au drainage des marais pour l’agriculture intensive. La seule population ayant connu une croissance continue depuis les années septante est celle de la puszta du Hortobagy en Hongrie, où l’habitat a été amélioré par l’inondation des marais dans la steppe : la population y est passée de 20 mâles chanteurs en 1977 à plus de 400 en 1994.

Le Phragmite aquatique niche dans les marais ouverts et eutrophes dominés par les touradons de laîches dont la hauteur ne dépasse pas 80 cm, entourés de quelques centimètres de profondeur d’eau, où les arthropodes aquatiques pullulent. En migration, il recherche les grandes étendues de végétation palustre, où il se nourrit d'insectes. Il se faufile très furtivement à la base des roseaux et entre les touffes de carex, où il fait souvent le grand écart entre deux tiges, escaladant parfois les hampes de roseaux pour chanter. Diurne et solitaire, il se nourrit d’insectes, de petits gastéropodes et d’araignées prélevés à la base des massettes. Les migrateurs se rencontrent solitairement ou par deux, rarement par trois ou quatre individus. Un temps pluvieux en seconde moitié de nuit oblige parfois les migrateurs à faire escale dans des biotopes restreints, de quelques dizaines de mètres carrés seulement, où ils demeurent toute la journée. Les cris les plus fréquents sont un « tchèk » ou « trrt » roulé de Phragmite des joncs ; le chant, parfois émis en escale migratoire au printemps, est une succession de sons grinçants et sifflés calmement répétés sur un rythme lent, interrompus par des silences réguliers sur le motif « errrrrr….iu-iu-iu….errrrrr….iu-iu-iu… », sans les accélérations du Phragmite des joncs.

Avec un effectif global estimé à 3’700-18’000 mâles chanteurs, c’est de loin le passereau migrateur le plus rare du Paléarctique occidental. Tous les sites marécageux du Plateau, même les plus petits, doivent être préservés avec leur végétation palustre afin d'assurer suffisamment de sites de repos, notamment lors d'escales forcées par les conditions météorologiques. La fauche des roseaux, lorsqu'elle est nécessaire au maintien du milieu, ne devrait jamais être effectuée sur la totalité de la surface pendant la même année, et si possible à la fin de l'hiver. La revitalisation de zones humides, l'entretien raisonné de la végétation bordant les canaux (fauche alternée une seule fois par année) sont des mesures favorables au bon déroulement de la migration.



pub

A propos de Lionel Maumary